Dans la vieillesse, on n’a pas besoin d’amis, ni d’enfants, ni d’un mari ou d’une femme, mais de ces quatre choses :

Chapitre 13 : Les gens que j’ai rencontrés

En vieillissant, on commence à se souvenir non pas des événements, mais des visages. Ils sont le reflet de notre vie. Chaque personne rencontrée a laissé une trace en nous – parfois lumineuse, parfois douloureuse, mais toujours importante.

Je me souviens de mon voisin d’enfance, Oncle Pacha. Il travaillait comme tourneur et revenait toujours en bleu de travail, sentant l’huile de machine et arborant un sourire bienveillant. Il m’a appris qu’il faut réparer les choses, pas les jeter. Que si le robinet fuit, il ne faut pas attendre un réparateur, prendre une clé et essayer soi-même. Et aujourd’hui encore, je répare tout moi-même : le robinet et ma vie, pièce par pièce.

Et puis, la professeure de russe, Elena Petrovna. Elle disait que chaque personne est un roman. Mais tous les romans ne sont pas terminés. Et moi, je suis là, assise, à finir le mien. Elle serait ravie.

Parfois, je me dis : les gens qui nous entourent sont comme les chapitres d’un livre. Ils n’étaient pas tous bons. Certains ont laissé des cicatrices. Mais les chapitres tragiques font aussi partie de l’histoire. Sans eux, le livre serait incomplet.

Chapitre 14 : Une lettre à mon jeune moi

Récemment, je me suis assis et j’ai écrit une lettre à moi-même, à l’âge de quinze ans. J’imaginais un gamin maigre avec une frange, un jean usé, un carnet à la main. Et je lui dis :

N’aie pas peur. La vie ne sera pas ce que tu imagines. Mais tu y arriveras. Ça fera mal, oui. Ce sera difficile, oui. Mais tu apprendras à aimer, à pardonner, à recommencer. Tu perdras beaucoup. Mais tu gagneras encore plus. Tu ne deviendras pas célèbre. Mais tu deviendras authentique. Tu n’éviteras pas les erreurs. Mais tu les vivras chacune avec honnêteté. Et cela te rendra plus forte. Tu auras un fils. Et même si tu ne lui parles pas tous les jours, tu l’aimeras de tout ton cœur. Tu apprendras la solitude. Et tu comprendras que ce n’est pas une malédiction, mais un don. Fais-toi confiance. Tout ira bien.

Après cette lettre, je suis resté longtemps silencieux. Puis j’ai ressenti un soulagement, comme si je m’étais pardonné tout ce qui n’avait pas fonctionné.

Chapitre 15 : Que vais-je laisser derrière moi ?

Je ne suis pas de ceux qui laissent derrière eux une usine, un fonds ou un héritage important. Je n’ai ni fortune ni titres. Je suis une personne ordinaire. Pourtant, je me suis posé la question : que vais-je laisser derrière moi ?

La réponse était simple : des souvenirs. Un père qui a un jour aidé son fils à surmonter sa première peur. Un mari qui savait écouter. Un ami qui était là quand personne n’était là. Une voisine qui saluait et complimentait toujours la grand-mère depuis l’entrée d’à côté. Une personne qui vivait – simplement, honnêtement, avec cœur.

Je vais laisser ce carnet – peut-être qu’il finira chez mon petit-fils. Ou peut-être qu’il restera dans un tiroir. Peu importe. L’important, c’est que j’aie parlé. Que j’aie survécu. Que j’aie laissé une trace. Même si elle est petite. Mais une trace réelle.

Chapitre 16 : La peur de la mort et l’amour de la vie

J’avais peur de la mort. Non pas comme une horreur, mais comme un vide, une extinction. Comme si tout ce que j’avais construit allait se dissoudre en un instant. Mais je n’ai plus peur.

J’ai compris que la mort n’est pas une fin, mais l’achèvement d’un chapitre. Ce qui compte, c’est ce qui reste chez les autres. Comment vous avez touché leur vie. Ce que vous avez donné. L’empreinte que vous avez laissée.

Et pourtant, j’ai compris que la seule façon de cesser d’avoir peur de la mort est d’apprendre à aimer la vie. Non pas « dans son ensemble », mais chaque jour. Dans le thé du matin. Dans une conversation avec la vendeuse. Dans un bon film. Dans l’odeur de la pluie.

Aimer, c’est être. Être présent. Écouter. Voir. Et rendre grâce.

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